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Création & statuts

L'ACRE : conditions, exonération et démarches

Jeune créatrice d'entreprise consultant ses documents administratifs à son bureau

La première année d'activité est celle où la trésorerie est la plus fragile : le chiffre d'affaires démarre doucement, mais les cotisations sociales, elles, tombent dès les premiers euros encaissés. L'ACRE, l'aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise, sert précisément à amortir ce choc en allégeant vos charges sociales au lancement. Attention toutefois : depuis 2026, elle n'est plus attribuée automatiquement et ses règles ont changé. Voici comment ne pas passer à côté.

Ce que l'ACRE prend en charge, et ce qu'elle laisse de côté

L'ACRE est une exonération partielle de cotisations sociales accordée en début d'activité. Elle ne concerne pas toutes vos charges : elle porte uniquement sur les cotisations d'assurance maladie et maternité, d'invalidité et décès, d'allocations familiales et de retraite de base. En revanche, elle ne touche pas la CSG et la CRDS, la retraite complémentaire, ni la contribution à la formation professionnelle, qui restent dues normalement.

Autrement dit, l'ACRE réduit la facture sociale, mais ne la supprime jamais totalement. C'est un coup de pouce ciblé sur la première année, pas une année blanche de cotisations.

Qui peut en bénéficier en 2026

L'aide est réservée à certains profils de créateurs et de repreneurs. Vous êtes concerné notamment si vous relevez de l'un de ces cas :

  • Demandeur d'emploi indemnisé, ou inscrit à France Travail depuis au moins six mois sur les dix-huit derniers mois.
  • Bénéficiaire du RSA ou de l'allocation de solidarité spécifique (ASS).
  • Jeune de 18 à 25 ans, ou de moins de 30 ans reconnu en situation de handicap.
  • Salarié ou licencié d'une entreprise en difficulté qui en reprend l'activité.
  • Créateur d'une entreprise implantée dans un quartier prioritaire de la ville (QPV).

Une condition s'applique à tous : vous ne devez pas avoir déjà bénéficié de l'ACRE au cours des trois années précédentes. Le dispositif récompense un vrai lancement, pas une succession de créations rapprochées.

Le grand changement de 2026

Jusqu'en 2025, le micro-entrepreneur obtenait l'ACRE quasi automatiquement en cochant une case. Ce n'est plus le cas. Depuis le 1er janvier 2026, l'aide doit faire l'objet d'une demande expresse auprès de l'Urssaf, et elle est réservée aux profils éligibles. Sans démarche, aucune exonération.

Le taux d'exonération pour l'entreprise au réel

Pour un entrepreneur relevant du régime réel (entreprise individuelle classique, gérant de société), l'ACRE prend la forme d'une exonération de 25 % des cotisations concernées pendant les douze premiers mois d'activité. Le niveau exact dépend de votre revenu professionnel, comparé au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), fixé à 48 060 € en 2026.

  • Revenu inférieur à 36 045 € (soit 75 % du PASS) : exonération pleine de 25 %.
  • Revenu compris entre 36 045 € et 48 060 € : exonération dégressive, de plus en plus faible à mesure que le revenu monte.
  • Revenu supérieur à 48 060 € : plus aucune exonération.

Le cas de la micro-entreprise

En micro-entreprise, le mécanisme est plus simple à lire. Au lieu d'exonérer une part de vos cotisations, l'ACRE vous applique un taux de cotisation minoré : vous payez 75 % du taux normal, ce qui revient à la même logique d'exonération de 25 %. Ce taux réduit s'applique jusqu'à la fin du troisième trimestre civil qui suit celui de votre immatriculation, soit un peu moins d'un an selon votre date de démarrage.

ActivitéTaux normal 2026Taux avec l'ACRE
Vente de marchandises, hébergement12,3 %9,3 %
Prestations de services commerciales (BIC)21,2 %15,9 %
Activités libérales (BNC)25,6 %19,2 %

Sur un chiffre d'affaires de prestations de services, l'écart entre 21,2 % et 15,9 % représente vite plusieurs centaines d'euros économisés sur l'année. De quoi financer un logiciel, un premier stock ou simplement respirer côté trésorerie.

Estimer votre économie ACRE en micro-entreprise

Estimation indicative sur la seule période couverte par l'ACRE. Le taux réduit vaut jusqu'à la fin du 3e trimestre civil suivant la création, il ne s'applique donc pas à un CA plein sur douze mois. Vérifiez votre éligibilité auprès de l'Urssaf.

La démarche, étape par étape

La procédure est courte, mais le délai est strict.

  1. Créez votre entreprise via le guichet unique et notez votre date officielle de début d'activité.
  2. Remplissez le formulaire de demande d'ACRE disponible sur le site de l'Urssaf, en y joignant le justificatif de votre situation (attestation France Travail, notification RSA, justificatif d'âge...).
  3. Transmettez le tout à votre Urssaf dans un délai maximum de 60 jours après le début d'activité. Passé ce délai, la demande n'est plus recevable.

L'Urssaf dispose ensuite d'un mois pour répondre. Son silence pendant ce délai vaut acceptation : sans réponse au bout de trente jours, considérez l'aide comme accordée.

Cumuler l'ACRE avec d'autres aides

L'ACRE ne s'oppose pas aux autres dispositifs de lancement, au contraire. Si vous êtes indemnisé par France Travail, vous pouvez continuer à percevoir une partie de votre allocation d'aide au retour à l'emploi en complément de vos premiers revenus, ou opter pour son versement partiel en capital, l'ARCE, afin d'injecter de la trésorerie au démarrage. L'accompagnement Nacre, relayé par certaines régions, peut aussi s'ajouter pour le suivi du projet et un prêt à taux zéro. L'ACRE reste le socle : elle allège les cotisations, les autres aides sécurisent le revenu.

Les erreurs qui coûtent l'exonération

  • Croire que l'aide est toujours automatique : depuis 2026, sans demande expresse, elle n'existe plus.
  • Déposer la demande hors délai : au-delà de 60 jours après le début d'activité, elle n'est plus recevable.
  • Oublier le justificatif de situation, qui conditionne l'éligibilité au dispositif.
  • Enchaîner les créations : une ACRE déjà obtenue dans les trois dernières années ferme la porte.

À retenir

L'ACRE n'est plus automatique. Deux réflexes suffisent pour la sécuriser : vérifier que vous entrez dans l'un des profils éligibles, et déposer votre demande à l'Urssaf dans les 60 jours suivant la création. Une case oubliée, et vous payez le taux plein dès le premier trimestre.

Avant de vous lancer

L'ACRE ne se pilote pas seule : elle prend tout son sens dans un prévisionnel de lancement, à côté de votre choix de régime. Un porteur de projet éligible qui la couple à un régime micro bien calibré démarre avec des charges sociales réduites d'un quart pendant presque un an. Ce n'est pas anecdotique quand chaque euro compte. Posez la question dès le montage de votre dossier, pas après le premier appel de cotisations.

Sources : entreprendre.service-public.gouv.fr, urssaf.fr, autoentrepreneur.urssaf.fr, bpifrance-creation.fr.

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